Les sentiments que j’ai pour les soldats sont plus atténués. Chez eux, ce n’est pas une question de compétence ou de savoir. C’est plus une question d’attitude et de comportement.

 

Il faut savoir que les soldats viennent chez nous en étant pas forcément du métier, donc c’est tout sauf facile pour eux.

 

Mais il y a quand même des spécimens intéressants.

 

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Il y a eu François, qui n’en foutait pas une. La seule chose qu’il a fait, c’est changer une perfusion de son propre chef, en mettant du sang partout, en ne respectant pas les règles d’hygiène, le médecin du moment l’avait vu faire ça. C’était un soir ou je n’étais pas là.

 

Moi j’ai l’image de lui assis à la réception, les pieds sur le bureau, devant son ordinateur à regarder un film, tout en mangeant du chocolat, la boîte posée sur son ventre volumineux. C’est qu’il était tout sauf maigre notre cher François.

 

Après l’épisode de la perfusion, j’ai écrit à nos supérieurs à Berne que je ne voulais plus ce gars à l’infirmerie, qu’il était dangereux pour les patients. D’ailleurs je l’ai vu en début d’année, il fait son cours de répétition à la garde de la caserne maintenant. Là il ne risque pas de tuer des gens.

 

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Il y a eu Patrick. Patrick passait ses journées à regarder le train passer devant la caserne, debout, devant la fenêtre et ceci pendant des heures. J’avais l’impression qu’il avait un problème d’autisme. Il ne faisait rien, il ne comprenait pas ce que je lui disais. Il me faisait beaucoup de peine.

 

Il y a eu Timothée aussi. Timothée était juste idiot. Aucun sens logique, aucune connaissance de rien, aucun savoir être. Il faisait idiotie sur idiotie, parce qu’il ne comprenait rien de ce qu’on lui expliquait. Le pire c’est qu’il avait gradé, il est Sergent….. Je me demande bien comment l’armée suisse fait sa sélection…..

 

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Il y a eu Fabrice aussi. Un type intelligent, il faisait des études, mais je ne me rappelle plus de quoi.

Chez lui, le problème était l’arrogance. Monsieur était trop dommage pour prendre un balais ou ranger son assiette dans le lave – vaisselle. Il détestait quand je lui disais ce qu’il devait faire.

Pour lui la vie va être difficile. Son arrogance ne passera pas toujours. Il aura toujours des gens au-dessus de lui qui lui diront ce qu’il doit faire.

 

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Mais le palmarès du plus mauvais soldat que j’ai eu en 2013 va à Stéphane. C’est gars est infirmier dans la vie. Ca fait 3 ans qu’il travaille, depuis une année dans le service d’urgence d’un hôpital de la Riviera. Il ne se disait pas infirmier, il se disait « urgentiste ». Eh ben, si un « urgentiste » soigne aussi mal ses patients à l’hôpital qu’il l’a fait chez nous, je peux vous dire que je ne mettrai jamais les pieds dans cet hôpital.

Non seulement il n’avait aucun sens des priorités, mais il se trompait dans les traitements, pensait que tous nos patients simulent, donc ne s’occupait pas d’eux, a traité sans aucun ordre médical une crise d’hyperventilation comme d’une crise d’asthme. Ce type est grave. Il se prend pour Dieu le père parce que soi disant il est « urgentiste » et en faite il sait peu de choses.

 

Ces gens là ce sont des dangereux. C’est comme les médecins. Ils croient tout savoir, mais n’ont aucune capacité à se remettre en question. De ceux là je n’en veux pas. Ils mettent la sécurité du patient en danger. Donc lui est encore un qui ne reviendra plus jamais chez nous.

 

Après il y a eu les bons.

 

Il y a eu Alexandra, une fille extraordinaire, pleine d’énergie. Juste avant nous avons eu Jenny aussi. Ces 2 nanas étaient vraiment incroyables. Capter tout de suite comment ça marche et ce qu’il y a à faire est vraiment rare. Non seulement elles travaillaient bien, mais en plus elles savaient se défendre. Il faut bien se dire qu’en tant que fille, à l’armée, ce n’est pas toujours facile.

 

Il y a eu Silvain, Romain, Christophe et Bastien. Des gars impressionnants, par leur maturité, leur savoir être, leur humour. Ils avaient cette énergie, cette ouverture d’esprit propre à nos jeunes d’aujourd’hui. J’ai adoré travailler avec eux. J’ai beaucoup ris, j’ai beaucoup collaboré, j’ai beaucoup observé. C’était vraiment chouette.

 

Donc chez les soldats il y a plusieurs Césars que je distribue. Ces gens le savent, je leur dis quand ça va bien, je les remercie toujours infiniment pour le travail accompli. Parfois j’amène des croissants le matin ou un gâteau l’après midi pour leur faire plaisir. J’adore quand je peux travailler de cette façon là avec eux.

 

Voilà. En 2014 il y en a quelques uns que je connais, d’autres pas. On verra. Mais de toute façon je n’ai pas vraiment le choix des gens qui viennent. Je suis obligée de prendre ce qu’il y a.