Passion

 

 

 

Pour commencer j’aimerais juste te remercier pour ta collaboration. Je sais que dans l’armée on se remercie, on se félicite, on se congratule.

 

Mais ce n’est pas de ça que je veux te parler. L’histoire de te remercier, même si je suis très reconnaissante par rapport à la collaboration que nous avons eue, est juste une excuse pour te dire autre chose.

 

Je ne veux pas juste te remercier pour la collaboration. J’aimerais te remercier tout court.

 

Depuis des jours et des jours je demande à mon esprit comment il est possible de ressentir ce que je ressens. Intellectuellement je comprends, émotionnellement je ne comprends pas.  Je me sens perdue, troublée, perturbée.

 

Je te vois t’asseoir à côté de moi à cette première rencontre. Tu es en retard. 30 minutes de retard. Dans ma tête je me demande comment il est possible d’être en retard de 30 minutes à l’armée, toi qui y travaille en tant que professionnel….

 

Tu arrives et mon cœur bascule. Présentations faites, tu t’assois et tu sors ton bloc – notes. Moi j’ai oublié le mien, je griffonne des notes sur une feuille volante. Je me sens presque mal par rapport à ton sérieux.

 

Je te regarde du coin de l’œil, je regarde ton bloc – note. J’ai déjà repéré la douceur de ton visage, tes magnifiques yeux, bleus – verts, ton sérieux, ta droiture.

 

J’ai repéré ce truc qui me trouble, ce truc qui est juste inexplicable quand on est touché au plus profond de soi.

 

Je dois me concentrer. Ne pas perdre le fil de la discussion, c’est le plus important. Savoir de quoi il s’agit, avoir les idées claires, même si je suis assise à côté de toi.

 

Journée terrible, journée pénible, journée inclassable.

 

Journée ou mon cœur bascule complètement, ou j’en prends plein les yeux, plein la tête, plein le cœur. Journée ou mes muscles sont mises à l’épreuve, ou j’ai peur de descendre cette saleté de montagne, ou je dois prendre sur moi pour arriver au but. J’en veux au responsable, je ne suis pas au courant de cette marche à travers la montagne, dans la boue, dans la glissade, dans la difficulté.

 

La semaine suivante nous nous retrouvons pour 4 jours de travail, 4 jours à passer à côté de toi, à t’observer, à te regarder.

 

Je t’observe. J’aime ce que je vois. Je ne me suis pas trompée, mes impressions du début se confirment. Tu es droit, tu es respectueux, tu es juste. J’aime la manière que tu as de parler à tes soldats. J’aime comme tu leurs explique les choses. J’aime comme tu les prends en charge, comme tu t’occupes d’eux.

 

Je te regarde. J’aime ton accent quand tu parles des langues qui ne sont pas les tiennes. J’aime les mots que tu emploies. J’aime quand tu bouges lorsque tu parles devant tes soldats.

 

J’aime t’écouter. J’aime quand tu ris et j’adore profondément quand tu reprends ton sérieux, quand tu donnes ton avis sur un sujet quelconque. Ton regard change, ton expression change. Calmement tu expliques ton point de vue.

 

J’ai été profondément touchée par cette rencontre.

 

Merci.